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OUVRIR LE DEBAT !

Sauf improbable revirement de situation, le Maroc devrait voir officiellement valider son adhésion à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en décembre prochain. Ce sera lors de la 52ème session ordinaire des Chefs d’Etat et de Gouvernement qui se tiendra à Lomé. En février dernier, le royaume chérifien en avait fait la demande, quelques semaines après son retour au sein de l’Union Africaine (UA), dont il avait quitté la prédécesseure, l’Organisation de l’Unité Africaine ( OUA), pour protester contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Au cours du sommet de la conférence des dirigeants ouest-africains à Monrovia début juin, le principe de l’acceptation de la candidature avait été alors accepté ; à charge pour la Commission d’examiner les implications d’une telle adhésion au regard des dispositions du Traité révisé de la CEDEAO et d’en soumettre les résultats.

 

Pour certains, l’arrivée du Maroc va booster et renforcer cette zone qui est la communauté la plus dynamique dans la région. Pour d’autres, il s’agit d’une mauvaise nouvelle ;  cette adhésion pouvant déstructurer  davantage les économies mal organisées   de la plupart des pays de la communauté et faire repousser aux calendes grecques, certains ambitieux projets relatifs à des convergences macroéconomiques.  De fait, il est difficile de réconcilier les deux positions, et surtout, de présumer de l’impact à moyen et long terme de cet élargissement. C’est un pari qu’ont fait les leaders de la CEDEAO, « en raison des liens forts et multidimensionnels de coopération entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest » ont-ils avancé. S’ouvrir aux autres a toujours été une démarche plus porteuse d’espérance et d’opportunités  que le repli sur soi, même s’il y a lieu de s’interroger sur les vraies motivations, aussi bien du demandeur que de ceux qui ont validé la candidature ; comme sur les conséquences de celle-ci. 

En tout état de cause, il n’est pas normal  que cette adhésion n’ait pas été précédée et suivie d’un débat aussi bien politique que dans l’opinion publique. En effet, l’arrivée de 30 millions de nouveaux membres, bien en  avance sur nous sur le plan économique mais aussi différents de nous sur beaucoup d’autres plans, sera tout sauf neutre pour la communauté. Dans ce contexte, et même s’il  ne devrait pas être sanctionné par un vote, un débat aurait dû être ouvert à l’Assemblée nationale. Les élus du peuple auraient dû être informés de la position du pays sur cette adhésion, de ses raisons, afin qu’ils expriment leur point de vue.

 

Moins grave mais tout  autant dommageable, l’absence de débat public sur la question , qui aurait pu être menée par la société civile, les chefs d’entreprise ainsi que d’autres acteurs non politiques.

 

Malheureusement sur ce sujet comme sur bien d’autres impliquant l’avenir du pays,  les représentants de la nation ne sont pas consultés ; eux-mêmes ne se bousculant pas non plus pour s’en saisir ni protester d’avoir été écartés,  donnant l’impression que pour eux, les seuls combats qui vaillent la peine d’être menés sont ceux liés à la limitation du mandat présidentiel ou aux élections présidentielles à deux tours. Comme si ces deux réformes suffisaient à elles  seules à faire faire au pays, le saut qualitatif dont il a besoin pour se développer.

 

 Oubliant que jusqu’en 2002, ces dispositions avaient existé sans que le Togo fût un pays émergeant. La société non politique n’est pas du reste. Enfermée dans des considérations politiciennes et partisanes, elle reste également à l’écart de ces grands enjeux pour notre pays. La vie publique d’un pays ne peut se résumer à la modification de quelques articles de la Constitution.