A+ A A-

PARLEZ A VOTRE PEUPLE, MONSIEUR LE PRESIDENT

Depuis plus de deux mois, le Togo connaît l’une de ses plus graves crises politiques de ces dernières années. A l’origine, des revendications sur les réformes institutionnelles et constitutionnelles, qui vont vite céder la place à une exigence plus maximaliste, complexifiant ainsi davantage la situation : la démission du Chef de l’Etat.  Il faut dire que la mobilisation qui ne se dément pas, aussi bien à l’intérieur du pays qu’au sein de la diaspora, a tôt fait d’enivrer les leaders de l’opposition, engagés dès lors dans un bras de fer autour du risqué pari du  tout ou rien. 

 

La radicalisation de plus en plus assumée des positions, associée au refus incompréhensible du dialogue, font le lit d’un enlisement  qui ne présage pas d’une sortie de crise à court terme. Dans ce contexte où le brouhaha des déclarations des plus enflammées se le dispute à celui des plus modérés, où encore des appels à la retenue et à la discussion des amis du Togo se font de plus en plus pressants, seule une voix manque à l’appel. Et elle est indubitablement la plus importante : celle du Président de la République.

Il est vrai que  sa parole est rare,  et toujours délivrée avec parcimonie et délicatesse. Question de caractère et leçon tirée d’une présidence précédente, omniprésente et surmédiatisée. L’absence de communication est une forme de communication, dit-on trivialement. Et ses compatriotes ont intégré, incontestablement et à leur corps défendant, l’absence quasi institutionnalisée de la parole présidentielle  de Faure Gnassingbé. Mauvaise fortune, bon cœur. Mais uniquement en période apaisée. Car l’invisibilité du capitaine en temps de vents calmes n’inquiète pas autant que dans la tempête. Or, nous y sommes. Parler pour dire quoi ? Définir le cap, lever les inquiétudes, prôner la cohésion ainsi que  la nécessaire préservation du tissu social et du vivre ensemble, sérieusement ébranlés  ces dernières semaines par un déferlement de violences dans la rue et une banalisation de la haine et de l’intolérance sur les réseaux sociaux. Et surtout  prendre de la hauteur et parler aux Togolais, à tous les Togolais, opposants, soutenant le pouvoir ou politiquement non marqués.

 

Un discours républicain donc et non partisan, qui s’évade des contingences politiques, prend appui sur la légitimité issue des urnes et promet des lendemains moins chahutés parce que construits ensemble, autour de l’idéal démocratique et de la culture de la paix.  A défaut, les contempteurs du Chef de l’Etat y verront l’expression d’un mépris pour le sort du pays et de tout ce qui s’y joue, actuellement. Ils ne s’en privent d’ailleurs déjà pas. Mais cela est de bonne guerre et le jeu politique est ainsi fait.

Cependant,  l’initiative de la prise de parole ne saurait  être simplement  motivée par l’interprétation que font les opposants à  Faure Gnasssingbé de son silence. Il correspond à un réel besoin, pour le peuple d’entendre, quitte à le critiquer et cela  ne manquera pas, l’analyse du numéro 1 d’entre eux de la situation devenue insupportable et étouffante pour bon nombre de Togolais,  et des moyens de s’en sortir.  Il n’y gagnera sans doute  rien, sinon que des coups.  Mais ses partisans qui veulent entendre sa voix, si. Le pays aussi, en étant assuré que le commandant tient  le  gouvernail pour le bien de tous !