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EDITORIAL

EDITORIAL (55)

VOUS EN AVEZ MARRE DE DIALOGUER, QUE VOULEZ-VOUS ESSAYER ?

Aux termes d’un communiqué publié début novembre, le gouvernement  a décidé de « prendre des mesures nécessaires à la remise en liberté de 42 personnes interpellées  jugées et condamnées par diverses juridictions dans le cadre des récentes manifestations  violentes, la restitution des motocyclettes saisis  à Lomé lors de la manifestation du 7 septembre 2017 et ce après 22 heures, la levée de la mesure de contrôle judiciaire  de M. Jean Pierre Fabre, Chef de fil de l’opposition dans la procédure des incendies ». Il a en outre annoncé,   prendre des dispositions nécessaires pour l’ouverture d’un dialogue  avec l’ensemble de la classe politique togolaise.

L’ensemble des mesures  vise à assurer selon les autorités  « la préservation et le respect effectif  de la liberté de manifestation» et réaffirmer  «la détermination du gouvernement  à promouvoir le  calme ainsi qu’un climat d’apaisement et de sérénité, indispensables pour la recherche de  solutions crédibles et durables à la question des reformes politiques».

Plus d’une semaine plus tard, cette initiative reste pour l’heure lettre morte. En dépit du soutien ferme et affiché de la communauté internationale qui d’ailleurs, depuis le début de la crise, ne disait pas autre chose et invitait  la classe politique togolaise à rechercher le consensus. Où réunir celui-ci si ce n’est autour d’un dialogue ou d’une table de négociations, peu en importe d’ailleurs le terme choisi.

Les pourfendeurs de la discussion ont trouvé leur argument massue : on dialogue trop au Togo et on en serait à une vingtaine déjà. Le compte  est certainement bon. Mais s’ils n’ont pas définitivement résolu le problème politique togolais, ils y ont fortement contribué, chacun en son temps et à son époque, dans un contexte particulier : les discussions pouvoir-FAR, pouvoir COD 1, pouvoir COD 2, les rencontres ayant abouti à l’Accord Politique Global (APG),  à l’Accord RPT-UFC etc….Elles n’ont pas toutes reçues  entière application. Elles ont cependant joué leur rôle dans le saut qualitatif de notre processus démocratique en validant ou en consacrant des acquis nullement remis en cause aujourd’hui, en créant les conditions d’un apaisement ou plus minimaliste sans être marginal, en posant certains débats sur la table.

En tout état de cause, s’il faut évoquer l’inefficacité des dialogues en convoquant le ratio dialogue/ résultats, il conviendrait de le mettre en perspective avec le rapport marches/résultats pour mieux comparer. Si les marches à elles seules pouvaient résoudre l’interminable crise au Togo, cela  aurait été su depuis des lustres. Que personne ne s’y méprenne : le dialogue est la voie la plus pérenne et la mieux indiquée pour définitivement en finir avec les soubresauts exaspérants de notre processus démocratique.

De fait, vu l’urgence, il faut revenir à l’essentiel pour aborder les propositions qui consacrent entre autres la limitation du nombre de mandats du Président de la République, l’institution d’un mode de scrutin à deux tours pour l’élection du Chef de l’Etat, quitte dans un second temps, à connaître de la refonte de notre Constitution ou du passage à une nouvelle république. Et ce débat ne doit pas être pris en otage par des considérations personnelles. Au Togo, à chaque fois qu’une réforme a été engagée en ayant dans le viseur une personne, cela s’est  soldé par un échec et beaucoup de tensions. Tirons-en des leçons !

PARLEZ A VOTRE PEUPLE, MONSIEUR LE PRESIDENT

Depuis plus de deux mois, le Togo connaît l’une de ses plus graves crises politiques de ces dernières années. A l’origine, des revendications sur les réformes institutionnelles et constitutionnelles, qui vont vite céder la place à une exigence plus maximaliste, complexifiant ainsi davantage la situation : la démission du Chef de l’Etat.  Il faut dire que la mobilisation qui ne se dément pas, aussi bien à l’intérieur du pays qu’au sein de la diaspora, a tôt fait d’enivrer les leaders de l’opposition, engagés dès lors dans un bras de fer autour du risqué pari du  tout ou rien. 

 

La radicalisation de plus en plus assumée des positions, associée au refus incompréhensible du dialogue, font le lit d’un enlisement  qui ne présage pas d’une sortie de crise à court terme. Dans ce contexte où le brouhaha des déclarations des plus enflammées se le dispute à celui des plus modérés, où encore des appels à la retenue et à la discussion des amis du Togo se font de plus en plus pressants, seule une voix manque à l’appel. Et elle est indubitablement la plus importante : celle du Président de la République.

Il est vrai que  sa parole est rare,  et toujours délivrée avec parcimonie et délicatesse. Question de caractère et leçon tirée d’une présidence précédente, omniprésente et surmédiatisée. L’absence de communication est une forme de communication, dit-on trivialement. Et ses compatriotes ont intégré, incontestablement et à leur corps défendant, l’absence quasi institutionnalisée de la parole présidentielle  de Faure Gnassingbé. Mauvaise fortune, bon cœur. Mais uniquement en période apaisée. Car l’invisibilité du capitaine en temps de vents calmes n’inquiète pas autant que dans la tempête. Or, nous y sommes. Parler pour dire quoi ? Définir le cap, lever les inquiétudes, prôner la cohésion ainsi que  la nécessaire préservation du tissu social et du vivre ensemble, sérieusement ébranlés  ces dernières semaines par un déferlement de violences dans la rue et une banalisation de la haine et de l’intolérance sur les réseaux sociaux. Et surtout  prendre de la hauteur et parler aux Togolais, à tous les Togolais, opposants, soutenant le pouvoir ou politiquement non marqués.

 

Un discours républicain donc et non partisan, qui s’évade des contingences politiques, prend appui sur la légitimité issue des urnes et promet des lendemains moins chahutés parce que construits ensemble, autour de l’idéal démocratique et de la culture de la paix.  A défaut, les contempteurs du Chef de l’Etat y verront l’expression d’un mépris pour le sort du pays et de tout ce qui s’y joue, actuellement. Ils ne s’en privent d’ailleurs déjà pas. Mais cela est de bonne guerre et le jeu politique est ainsi fait.

Cependant,  l’initiative de la prise de parole ne saurait  être simplement  motivée par l’interprétation que font les opposants à  Faure Gnasssingbé de son silence. Il correspond à un réel besoin, pour le peuple d’entendre, quitte à le critiquer et cela  ne manquera pas, l’analyse du numéro 1 d’entre eux de la situation devenue insupportable et étouffante pour bon nombre de Togolais,  et des moyens de s’en sortir.  Il n’y gagnera sans doute  rien, sinon que des coups.  Mais ses partisans qui veulent entendre sa voix, si. Le pays aussi, en étant assuré que le commandant tient  le  gouvernail pour le bien de tous ! 

FAURE MUST STAY* ! (FAURE DOIT RESTER)

Faure doit rester ! Ce titre, un brin et volontairement provocateur n’est pas une  réponse au slogan en vogue dans les cortèges, de Lomé à Paris, en passant par Bruxelles ou New-York etc, défilant pour « exiger » le départ sans conditions, hic et nunc, du président de la République. Il n’est pas non plus l’expression du désir d’un règne ad vitam aeternam, envers et contre tous. Il se veut  simplement l’opposition à une posture fondée sur un argumentaire dont la vacuité est flagrante, qui  martèle l’idée que le renversement de l’ordre constitutionnel actuel, serait non seulement soutenable juridiquement,  mais en plus  ouvrirait la voie à une stabilité politique dans notre pays, davantage qu’elle ne le fût jusqu’alors.

 

En effet, à peine à mi-mandat, rien ne saurait justifier l’appel à la démission de Faure Gnassingbé, tel que le réclament les leaders de l’opposition, sous le diktat et la cohue de la rue. Car parmi les hérauts de cette ligne, certains se sont confrontés à lui, par deux fois, en 2010 et 2015, sous l’arbitrage du suffrage universel, en ayant  accepté les règles du jeu et cautionné par leur simple participation, les conditions d’organisation de la consultation électorale, et s’en sont trouvés perdants ; largement. Au nom de quoi et  en vertu de quelle légitimité peuvent-ils, deux ans plus tard, réclamer le départ de celui qui les a battus ? Même le nouveau chouchou de la classe politique, de l’opinion et des médias, Tikpi ATCHADAM, quoique mobilisant plusieurs dizaines de milliers de nos compatriotes, et au crédit duquel on peut mettre le réveil aussi bien de l’opposition que du pouvoir sur les questions de réforme, ne peut se prévaloir  uniquement de ce fait et à ce titre, d’une légitimité suffisante pour « exiger » le départ de Faure GNASSINGBE.

 

Si réunir plusieurs dizaines de milliers de concitoyens dans la rue, exprimant leur ras-le-bol social ainsi que leur soif d’alternance et d’une autre gouvernance, était une condition suffisante pour que le pouvoir change de main et de titulaire, l’on ne serait plus en démocratie.  Et quasiment aucun gouvernement dans le monde ne survivrait. La rue est une photographie de l’opinion à un instant donné,  le réceptacle des oppositions, des frustrations et de la soif   d’un changement. Elle ne peut cependant se substituer aux règles  définies de dévolution de pouvoir, surtout lorsque ceux qui l’instrumentalisent, ont échoué par ailleurs.

Les leaders de l’opposition seraient davantage dans leur rôle et plus efficaces s’ils se saisissaient plutôt de  l’opportunité de ce nouveau rapport de force, pour faire avancer et valider les réformes devenues inéluctables parce qu’incontournables, dont les emblématiques limitations de mandat et l’élection à deux tours. D’autant plus que le chœur de ceux qui entonnent le refrain chimérique de « Faure must go »,  ne nous renseigne pas sur le coup d’après.  Sur comment et avec qui, si par extraordinaire, leurs incantations se transformaient en réalité,  ils comptent composer et organiser le fonctionnement des institutions et de la République. Et s’ils en avaient les moyens, en y étant aujourd’hui préparés. Peuvent-ils exercer un pouvoir qu’ils auraient pris à l’issue d’une insurrection ?

De fait, Faure GNASSINGBE devra aller au bout de son mandat, arrivant à terme en 2020.  Au-delà et en fonction de l’état du droit positif, il sera seul maître à décider, si oui ou non, il croit pouvoir encore apporter quelque chose aux Togolais après quinze ans de règne ;  et si la majorité de ceux-ci le souhaitent.  Il lui appartiendra, au moment venu, en son for intérieur, de trancher. Une dynamique interne ou des pressions externes comme celles en cours, peuvent le pousser à  renoncer. D’ici là, Faure must stay !

 

LA RAISON A QUITTE LE TOGO

Ainsi donc, malgré le projet de loi portant révision constitutionnelle de plusieurs dispositions, dont les emblématiques limitation de mandat et élection à deux tours, la tension politique n’est pas retombée. Bien au contraire, elle ne cesse de se renforcer, alimentée surtout par les réseaux sociaux et des révolutionnaires 2.0, bien au chaud dans leurs appartements en Occident. Les raisons de cette situation sont multiples. Il est clair que si le pouvoir avait pris cette initiative quelques mois plus tôt, l’accueil aurait été moins frais et la face de la vie publique togolaise en aurait été changée. C’est une succession de rendez-vous manqués et d’opportunités non saisies par le pouvoir qui ont créé les conditions d’une atmosphère aujourd’hui très conflictuelle. Les réformes, tous les observateurs sérieux le savaient et le proclamaient, étaient inéluctables et plus tôt elles étaient mises en œuvre, davantage elles constitueraient la garantie d’un jeu politique apaisé. Mais les calculs politiciens ont pris le pas sur une analyse lucide de la situation. Il n’empêche qu’aujourd’hui, les conditions d’une évolution sont réunies, portées par les manifestations de la mi-août et des mobilisations du début septembre. C’est donc une occasion unique de réunir ce consensus qu’impose l’Accord Politique Global, mais surtout les constituants qui obligent à réunir les 4/5 au Parlement pour effectuer les réformes, si c’est cette voie qui est retenue. Malheureusement, c’est ce moment que choisit l’opposition pour faire entendre sa petite musique populiste et de surenchère. On ne se bat plus pour limiter le mandat présidentiel ou demander l’élection à 2 tours : on exige le retour à la Constitution de 1992 ou plus maximaliste, la démission du Chef de l’Etat. Il faut rappeler que malgré toutes ces mobilisations, à ce jour aucune modification n’est encore intervenue pour exiger davantage. Et qu’au surplus, à défaut de consensus et parce que la majorité actuelle n’a pas le nombre de députés suffisants pour effectuer la réforme, c’est la Constitution modifiée en 2002 ouvrant justement droit à une présidence illimitée, qui restera applicable. La raison aurait voulu que les opposants obtiennent satisfaction de ces deux revendications majeures qui ont cristallisé les tensions dans notre pays depuis des années, avant d’exiger davantage. Mais la passion semble dominer le débat aujourd’hui, y compris chez ceux qui traditionnellement, sont plutôt modérés et adoptent des positions élaborées. C’est que dans la psychose insurrectionnelle subtilement imprimée dans l’opinion, les acteurs politiques veulent, chacun en ce qui le concerne, être bien placés au cas où. Ils courent tous derrière le radicalisme de Tikpi ATCHADAM pour ne pas paraître modérés, ce qui par les temps qui courent, serait presque vu comme une trahison. De fait, la raison semble avoir déserté tous les rangs, sauf quelques personnalités isolées et marginalisées qui, de toutes façons, ne prendraient pas le risque de se faire lyncher, au propre comme au figuré, en faisant entendre un autre son de cloche. Le seul problème est que tout cela reste aléatoire. Un essoufflement de la mobilisation, du fait que les objectifs annoncés (démission de Faure GNASSINGBE) tarderaient à se réaliser, affaiblirait l’opposition. Dans ce contexte, une majorité sortie victorieuse de ce bras de fer, même temporairement, serait moins encline à faire davantage de concessions. Le tout ou rien en politique est un pari risqué, presque irresponsable.

LA COMMISSION DES REFORMES PLEINEMENT DANS SON RÔLE

La Commission de réflexion sur les réformes politiques, constitutionnelles et institutionnelles, après avoir rencontré les acteurs politiques, étatiques et/ou non étatiques et les leaders d’opinion, de même  que les membres des comités préfectoraux de paix et les représentants de la chefferie traditionnelle, a entamé depuis plusieurs jours, une tournée nationale.  Consultative, celle-ci  vise à « recueillir les avis et suggestions des populations dans les différentes localités  pour nourrir la réflexion et proposer des réformes qui tiennent compte de notre histoire,  reflètent nos  réalités et répondent aux aspirations du peuple togolais », selon la présidente de la Commission, Mme Awa NANA  DABOYA.

 

Depuis qu’elle est à la rencontre du Togo profond et des territoires, la Commission  suscite davantage qu’avant,  polémiques, railleries et défiances. On la critique maladroitement et parfois avec mauvaise foi pour des pouvoirs qu’elle n’a jamais revendiqués et dont  elle n’est guère investie. On se moque d’elle pour des faits qui, paradoxalement, fondent la substance même de sa démarche actuelle. 

 

Est-il important de le rappeler, la création de cette Commission en janvier dernier  est en conformité avec les recommandations de la Commission Vérité Justice Réconciliation (CVJR) qui font aujourd’hui autorité en termes de balise de la vie sociopolitique de notre pays, et dont se prévaut l’ensemble des acteurs, après les avoir pour certains, clouées au pilori.

C’est indéniablement un procès en sorcellerie qui lui est fait en accréditant l’idée que des intellectuels allaient imposer leurs  aspirations au peuple souverain. Car, la Commission n’est pas et ne sera jamais une constituante. Ses propositions feront la navette constitutionnellement prévue pour adopter ou réformer la loi fondamentale.

 

De fait et comme le dit en substance sa dénomination, elle est  à la fois le cadre et le réceptacle d’un large débat ouvert non seulement aux acteurs politiques mais aussi  à toutes les autres composantes et forces vives du pays et sans doute surtout, à l’ensemble des citoyens. Ces consultations inclusives légitimeront les propositions de la Commission. Ainsi, l’audience qu’elle rencontre dans les différentes localités, et plus encore, la variété des sujets et la liberté avec laquelle s’expriment nos compatriotes au cours des échanges, sont davantage l’expression de la réussite de la démarche plutôt que le contraire.

 

C’est à tort que certains s’évertuent à faire passer l’idée que les séances de catharsis relevées par endroits, les prises de position tranchées sur quelques sujets ou encore les points de vue fortement exprimés, sont la démonstration du rejet de la démarche. Alors même qu’elles sont une bonne nouvelle, parce que validant l’initiative. Tant et si vrai qu’après l’avoir vilipendée, le principal parti d’opposition a fini par inviter ses militants à aller s’y exprimer.  On a connu plus farouche opposition à un projet gouvernemental.

BEL EXEMPLE !

Le Togo et le  Ghana  viennent  de convenir de nouveaux accords de coopération. Outre l’opérationnalisation et la gestion du poste de contrôle juxtaposé de Noépé-Akanu qui s’étend sur 17 hectares et financé par l’Union européenne à hauteur de 7 milliards FCFA, les deux pays ont pris l’engagement d’ouvrir leurs frontières 24h/24 et 7j/7. 

 

C’est ce qui ressort  de la Commission mixte qui s’est tenue à Accra les 26 et 27 juillet derniers. L’objectif affiché est de renforcer les échanges commerciaux entre les deux états. Il répond à l’une des priorités que s’est assignée Faure GNASSINGBE pour son mandat d’un an à la tête de l’organisation communautaire: la libre circulation des personnes et des biens.

De fait, c’est une belle initiative à saluer , qui devrait permettre de booster l’intégration commerciale dans la zone dont l’indicateur de 0,442 reste en deça du potentiel du marché de 300.000.000 de personnes que constitue la CEDEAO. En effet, jusqu’alors, la frontière entre le Togo et le Ghana était  fermée toutes les nuits, ce qui constitue un sérieux obstacle à la circulation des personnes, mais surtout des marchandises non seulement entre les deux pays, mais aussi dans l’espace sous-régional. Les ports de Lomé au Togo et ceux de Tema, Takoradji, Accra ou Témalé au Ghana constituent en effet des portes d’entrée de marchandises de tout genre et de débouchés de produits à l’export pour plusieurs pays de la sous-région, notamment ceux de l’hinterland ouest-africain (Niger, Mali et Burkina). Cet accord vient confirmer le dynamisme en cours au sein de cette organisation sous-régionale qui attire de nouveaux pays, avec de bons indicateurs de performance en matière de libre circulation des personnes (0,800).

Mais les défis restent multiples. Il s’agit d’abord que sans délai et après évidemment les mesures idoines prises, les frontières soient réellement ouvertes 24h/24 et que l’engagement ne soit pas illusoire, comme celui du  port fonctionnant également 24h/24. Lever les obstacles, formels ou informels à la libre circulation est aussi une autre paire de manches, tellement les rackets, les lourdeurs administratives délibérées ont été institutionnalisés.Par ailleurs, cet accord devra faire jurisprudence et être essaimé dans la sous-région, en commençant avec les frontières que nous partageons avec les deux autres pays, que sont le Burkina-Faso et le Bénin. La CEDEAO des peuples à laquel appelle le président togolais est à ce prix.

 

Enrayer le cercle vicieux des décès évitables !

Deux professeurs agrégés  de médecine, l’un en  histologie,  embryologie,  génétique et  santé de la reproduction, le seul  encore en activité au Togo, et l’autre en  pédiatrie, sont décédés en l’espace de quelques jours, dans des conditions inacceptables.

Selon plusieurs sources concordantes et d’après des avis autorisés, leur décès aurait pu être évité. A condition pour le premier d’avoir  pu accéder  à un transport médicalisé, depuis son domicile où il a  été victime d’un malaise jusqu’au CHU Sylvanus OLYMPIO où il a été admis en urgence. Et pour le second, d’avoir  bénéficié d’une réanimation médicale avec un matériel de monitoring pour surveiller ses fonctions vitales et d’ampoules d’adrénaline pour soutenir sa fonction cardiaque. Autant dire que l’existence d’équipements hospitaliers basiques auxquels les citoyens peuvent légitimement aspirer, aurait pu sauver nos médecins.

Ce tragique évènement en a révolté plus d’uns ; et à raison. Et fondé la sortie pamphlétaire d’un professionnel, publiant sans doute sous le couvert d’un pseudonyme.  Dans sa lettre, il s’en prend au ministre de la Santé. Incarnant le secteur de la Santé et vu l’émotion suscitée par ces douloureuses disparitions, on peut comprendre qu’il  soit désigné presque comme le responsable de la situation. Cependant, sauf à vouloir absolument désigner un bouc émissaire, le Pr MIJIYAWA ne saurait, en tout cas seul, être comptable de l’état désastreux de nos centres de santé et de tout le tissu médical. Fût-il à la tête de ce département depuis 2 ans.

 

C’est davantage le résultat de plusieurs années de démission, d’indifférence et de choix prioritaires douteux des pouvoirs publics au détriment d’un  système de santé de base organisé et doté de moyens, qui est à l’origine de ce sombre  tableau,  de cette situation  révoltante et  plus qu’alarmante, parce qu’ayant dépassé depuis fort longtemps le seuil de l’acceptable. Et il faut avoir mis les pieds dans un des lieux, illégitimement appelés hôpital ou centre de soins, pour comprendre la désolation et le calvaire  quotidiens des patients et de leurs proches.

En effet, et comme décrit dans le pamphlet, « les hôpitaux sont toujours aussi mal équipés, les malades toujours autant démunis devant l’annonce de leur maladie et de tout ce qu’il leur faut débourser avant de se faire soigner, il n’y a pas de transport médicalisé digne de ce nom, les laboratoires sont obsolètes, les appareils de radiologie en panne, les services des urgences démunis, les réanimations n’existent que de nom ». A ceci, il faut nécessairement ajouter l’absence de conscience professionnelle, qui a depuis belle lurette déserté le cœur de certains praticiens.

A l’heure des grands travaux et des investissements sur des chantiers prioritaires de développement, notre pays ne peut plus faire l’économie de la construction de grands centres hospitaliers dignes de ce nom, et véritablement équipés. Les solutions provisoires, les replâtrages ne font que déplacer inutilement le problème de fond. Et pendant ce temps, des familles continuent à être endeuillées. Quasi gratuitement !

OUVRIR LE DEBAT !

Sauf improbable revirement de situation, le Maroc devrait voir officiellement valider son adhésion à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en décembre prochain. Ce sera lors de la 52ème session ordinaire des Chefs d’Etat et de Gouvernement qui se tiendra à Lomé. En février dernier, le royaume chérifien en avait fait la demande, quelques semaines après son retour au sein de l’Union Africaine (UA), dont il avait quitté la prédécesseure, l’Organisation de l’Unité Africaine ( OUA), pour protester contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Au cours du sommet de la conférence des dirigeants ouest-africains à Monrovia début juin, le principe de l’acceptation de la candidature avait été alors accepté ; à charge pour la Commission d’examiner les implications d’une telle adhésion au regard des dispositions du Traité révisé de la CEDEAO et d’en soumettre les résultats.

 

Pour certains, l’arrivée du Maroc va booster et renforcer cette zone qui est la communauté la plus dynamique dans la région. Pour d’autres, il s’agit d’une mauvaise nouvelle ;  cette adhésion pouvant déstructurer  davantage les économies mal organisées   de la plupart des pays de la communauté et faire repousser aux calendes grecques, certains ambitieux projets relatifs à des convergences macroéconomiques.  De fait, il est difficile de réconcilier les deux positions, et surtout, de présumer de l’impact à moyen et long terme de cet élargissement. C’est un pari qu’ont fait les leaders de la CEDEAO, « en raison des liens forts et multidimensionnels de coopération entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest » ont-ils avancé. S’ouvrir aux autres a toujours été une démarche plus porteuse d’espérance et d’opportunités  que le repli sur soi, même s’il y a lieu de s’interroger sur les vraies motivations, aussi bien du demandeur que de ceux qui ont validé la candidature ; comme sur les conséquences de celle-ci. 

En tout état de cause, il n’est pas normal  que cette adhésion n’ait pas été précédée et suivie d’un débat aussi bien politique que dans l’opinion publique. En effet, l’arrivée de 30 millions de nouveaux membres, bien en  avance sur nous sur le plan économique mais aussi différents de nous sur beaucoup d’autres plans, sera tout sauf neutre pour la communauté. Dans ce contexte, et même s’il  ne devrait pas être sanctionné par un vote, un débat aurait dû être ouvert à l’Assemblée nationale. Les élus du peuple auraient dû être informés de la position du pays sur cette adhésion, de ses raisons, afin qu’ils expriment leur point de vue.

 

Moins grave mais tout  autant dommageable, l’absence de débat public sur la question , qui aurait pu être menée par la société civile, les chefs d’entreprise ainsi que d’autres acteurs non politiques.

 

Malheureusement sur ce sujet comme sur bien d’autres impliquant l’avenir du pays,  les représentants de la nation ne sont pas consultés ; eux-mêmes ne se bousculant pas non plus pour s’en saisir ni protester d’avoir été écartés,  donnant l’impression que pour eux, les seuls combats qui vaillent la peine d’être menés sont ceux liés à la limitation du mandat présidentiel ou aux élections présidentielles à deux tours. Comme si ces deux réformes suffisaient à elles  seules à faire faire au pays, le saut qualitatif dont il a besoin pour se développer.

 

 Oubliant que jusqu’en 2002, ces dispositions avaient existé sans que le Togo fût un pays émergeant. La société non politique n’est pas du reste. Enfermée dans des considérations politiciennes et partisanes, elle reste également à l’écart de ces grands enjeux pour notre pays. La vie publique d’un pays ne peut se résumer à la modification de quelques articles de la Constitution.

LE BAL DES CHAROGNARDS.

Plus de deux semaines après la décision de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), le retrait des fréquences à la Chaîne du Futur (LCF) ainsi qu’à City FM continue de   susciter la polémique. Si la mesure a fait l’unanimité contre elle en ce qu’elle réduit au silence des organes importants du paysage médiatique togolais et condamne au chômage plusieurs dizaines d’employés, sa dénonciation connaît beaucoup de mesures, au fur et à mesure de l’appropriation de l’essentiel des éléments du dossier. Aujourd’hui, la  question qui suscite encore véritablement débat est de savoir si la HAAC était compétente pour ordonner le retrait des fréquences. Elle est posée par les responsables du groupe  SUD MEDIA et leurs avocats à la chambre administrative de la Cour Suprême.

 

Car sur le fond, tout le monde aura compris qu’au lancement des deux chaînes jusqu’alors, elles ne disposaient pas d’autorisation d’installation ni d’exploitation telle que l’exigent les textes en vigueur. En termes clairs, elles émettaient en toute illégalité et étaient des organes de fait à défaut d’être ceux de droit, profitant de la position privilégiée qu’était celle de leur présumé promoteur.

 

De fait, pour beaucoup dont nous en sommes, la meilleure démarche, au-delà de la question de compétence posée à la plus haute juridiction du pays,  pour sauver cet espace d’expression  et l’emploi,  est celle de la facilitation et des plaidoyers. Ils n’offrent sans doute aucune garantie de succès si ce n’est la conviction d’avoir œuvré, en toute responsabilité et avec les armes que mettaient à disposition  le contexte et la réalité  des faits.

 

Malheureusement, ce dossier et sa dimension politico-médiatique offrent  encore une fois l’occasion à des « professionnels de l’indignation et de la condamnation » de s’offrir de la publicité à moindres frais.  Ainsi qu’aux donneurs de leçons de tous acabits de s’en donner sans mesure à leur sport  favori, jetant allègrement de l’huile sur le feu et compliquant les discussions de couloir, sans  s’interroger à aucun moment sur les retombées de leur inconséquence ; et surtout pas sur l’efficacité de leurs envolées verbales.

 

Dans ce contexte, tous sont sommés d’adhérer sans réserves aux diktats, à l’analyse et aux choix de groupuscules et de grandes gueules, dont la seule vertu est de crier plus fort que les autres et d’invectiver à longueur d’interventions le Président de la République. Au risque de  voir remettre en cause par la prétendue vox populi, la sincérité de l’engagement pour la réouverture des deux chaînes et celle de la compassion envers les confrères désormais sans emploi.

 

Ils considèrent qu’en dehors d’eux et de leur lecture faite à partir de lorgnettes déformées  par le vrai moteur qui les anime, qui est tout sauf celui d’un engagement désintéressé en faveur de deux médias fermés, il n’y a point de salut. Des médias sont mobilisés, des émissions organisées pour dire à l’opinion tout ce qu’elle doit penser de ces « pelés, ces galeux » d’où vient tout le mal de la presse togolaise et ô sacrilège, qui n’osent pas s’aligner sur la pensée vertueuse de ces chevaliers blancs. En dehors des naïfs, tout le monde a compris que le but de toute cette agitation, digne de charognards, est ailleurs.

 

Y compris les salariés qui ne veulent pas que leur malheur soit instrumentalisé de quelque manière que ce soit. En tout état de cause, ceux qui prospèrent en situation de crise et l’alimentent pour exister, en tous points de vue, n’ont aucun intérêt à une issue heureuse de cette situation. Leur ostentatoire agitation  n’en sonne que davantage fausse. 

 

AU NOM DE L’APAISEMENT!

Le 06 février dernier,  la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) a pris la décision de retirer les fréquences à LCF et à City FM au motif que ces organes n’ont obtenu aucune autorisation régulière d’installation et d’exploitation auprès de la Haute Autorité.

 

Pour ceux qui connaissent un tant soit peu le dossier, il est en effet patent que les deux chaînes n’ont pas satisfait aux exigences encadrant l’obtention de fréquences radiophoniques dans notre pays et n’ont dès lors pas signé de conventions avec la HAAC précisant leurs cahiers de charges. Il est aussi un secret de polichinelle que l’arrivée de ces médias s’est faite dans des conditions encore floues, voire opaques, dénoncées en son temps, par la presse. C’est d’ailleurs pour cela que les différentes initiatives prises pour éviter la fermeture des deux stations, l’ont été de façon discrète et les plaidoyers en faveur d’une poursuite des activités, fondés non pas sur le droit mais sur la nécessaire préservation de l’espace de liberté. C’est aussi pour cela que les intervenants dans le dossier, ont suggéré pour la plupart, que les concernés évitent des postures ou déclarations, susceptibles d’être vues comme établissant un rapport de force ou créant les conditions d’un affrontement par médias ou réseaux interposés, avec instrumentalisation de la situation.

 

Cependant, en choisissant de procéder à la fermeture de LCF et de City FM, alors même qu’à notre sens, les discussions multiformes ne sont pas encore épuisées, la HAAC n’a laissé guère de chance à la possibilité d’une solution qui préserve l’espace de libre expression ainsi que l’emploi. Même sans avoir été régulière à sa naissance, LCF s’est installée dans le paysage médiatique togolais depuis bientôt 10 ans, constituant l’une des chaînes les plus regardées. Elle contribuait à la diversité et au pluralisme médiatique et proposait certaines émissions de qualité, qui avaient leurs publics. Au surplus, après avoir laissé presqu’une décennie une situation de fait, exister sans aucun problème, aucune urgence n’imposait que le couperet tombe aussi rapidement. La mesure est d’autant plus amère qu’elle signifie pour plusieurs dizaines de confrères et autres petites mains, la fin d’une belle aventure, pire, l’inscription au chômage.

 

Elle est aussi annonciatrice d’une période de tensions entre la HAAC et les professionnels de médias, à l’heure où justement plusieurs questions cruciales se posent à la corporation qui nécessiteraient une synergie d’actions et d’initiatives, mais dans un climat de sérénité. Le Togo, dans ce contexte, va également devoir s’attendre à être épinglé sur le plan international comme prédateur de la presse,  fondée ou pas que fût la décision sur le plan administratif ou juridique. Le pays devra aussi se résoudre à perdre probablement des points dans le classement annuel de Reporters sans Frontières, tout comme auprès des différents mécanismes d’évaluation de la situation de la liberté de presse dans le monde. Et sans doute  dans le processus pourtant bien engagé du Millenium Challenge Account. C’est dire donc que le coût du retrait des fréquences sera cher payé pour des gains aléatoires. Il est encore temps de récupérer la situation en permettant aux deux chaînes, de régulariser leur dossier. C’est ce que les Sénégalais ont fait au départ d’Abdoulaye WADE, dont le régime avait laissé s’installer des médias  en violation de la législation en vigueur. Ceux-ci ont été invités tout simplement à régulariser leur situation, suite aux interventions des organisations de presse.

Il y a une bonne leçon à tirer de cet évènement. Quel que soit notre niveau de pouvoir et quelle que fut notre influence, ayons l’humilité et le réflexe citoyen de respecter scrupuleusement les textes. Nul en effet ne lit l’avenir. 

 

 

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