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INTERVIEW EXCLUSIVE DE GERRY TAAMA, PRESIDENT DU NOUVEL ENGAGEMENT TOGOLAIS

 « Les seules personnes qui vont souffrir de cette situation sur le court terme, ce sont les personnes vulnérables »

Ancien candidat à la dernière élection présidentielle, Gerry Taama est une figure montante de la politique togolaise. Souvent incompris par ses pairs de l’opposition, combattu par le pouvoir, l’homme n’a pas sa langue dans la poche, il nous livre dans cette interview exclusive son analyse de la situation socio-politique du pays. Le dialogue, la recomposition de la CENI, les réformes, la sortie de crise, … toutes ses questions ont été abordées.

 

Focus Infos : Comment qualifierez-vous  la situation sociopolitique actuelle dans notre pays ?

Gerry Taama :Sans être désespérée, je dirai qu’elle est tendue et inquiétante.

 

F I : Votre parti fait l’objet depuis plus d’un mois d’une série d’attaques particulièrement virulentes sur les réseaux sociaux,  surtout suite à l’envoi  d’un de vos membres à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Comment se porte le NET aujourd’hui ?

G T : Le NET, comme parti de l’opposition extraparlementaire se porte bien. Je dirai même qu’il se porte mieux. Nous enregistrons beaucoup d’adhésions ces derniers temps, et c’est la preuve que notre démarche  a aussi ses adeptes. C’est le sens de la pluralité d’opinions et du multipartisme. Certaines personnes malheureusement pensent confisquer pour elles seules le combat politique. Les adhésions montrent que c’est une erreur. L’opposition au Togo est plurielle.

 

F I : Qu’est-ce que ça vous fait, M. Taama quand on vous désigne comme un traitre, un vendu ?

G T : Pour être honnête, ça me ravit. Ça prouve que nous sommes vraiment retournés à nos fondamentaux. Les raisons qui ont conduit à la création du NET en 2012 étaient cette envie de faire la politique autrement. Sortir de ce carcan de la pensée unique de l’opposition de 1991, se limitant à la quête forcenée du pouvoir, tout en laissant le débat contradictoire et citoyen dans les cartons.

 Cette lutte caractérisée par une phraséologie révolutionnaire et souvent coupée des réalités du terrain fait qu’ aujourd’hui, soit 27 ans après le vent de l’est, l’opposition togolaise est la seule en Afrique de l’Ouest à n’avoir pas réussi à réaliser l’alternance. Soyons clair la dessus, si le RPT et aujourd’hui Unir a réussi à se maintenir au pouvoir, c’est que ces partis usent de méthodes peu démocratiques pour s’y maintenir, mais une certaine opposition, en répliquant systématiquement les mêmes stratégies, permet le statu quo. Mais rassurez-vous, à nous seuls, au NET, nous ne pourrons pas renverser la donne, sauf sur le long terme.

 

F I : Justement,  que propose le NET comme stratégie ?

G T : Vous savez, dans presque tous les pays de l’Afrique, le pouvoir repose sur trois piliers : l’armée, le peuple et la communauté internationale. Le moment où les choses ont vraiment bougé dans notre pays, c’est quand nous avions la communauté internationale et le peuple à nos côtés (nous, opposition).

Les Togolais semblent amnésiques, mais en 1994, l’opposition a bien remporté les élections législatives au Togo, et depuis 2007, en suffrages exprimés l’opposition gagne toujours les élections législatives au Togo, mais entre temps, nous avons perdu le soutien de cette communauté internationale, et nous nous sommes toujours montrés très hostiles à l’armée. Voilà le problème. Nous avons une partie du peuple avec nous, et aucun soutien des deux autres entités. Une certaine pensée dominante veut que seules les manifestations de rue puissent nous assurer l’alternance.

Nous disons que l’alternance viendra en plusieurs étapes, en alliant mouvements populaires et négociations, ceci avec l’aide de la communauté internationale. Notre discours envers l’armée et ceux qui sont à Unir devrait changer aussi. Si nous donnons l’impression de participer à une bataille d’annihilation, les autres en face vont serrer les rangs et faire bloc. C’est ce à quoi nous assistons ces derniers temps, avec le congrès d’Unir et l’allégeance la veille des FAT au président de la République.

 

F I : Mais pourquoi dans ce cas, M. Gerry, vous ne vous approchez pas des autres leaders de l’opposition pour leur faire partager vos idées ?

G T : Nous le faisons par des rencontres informelles. Nous leur avons entre temps transmis un courrier rassemblant des propositions, sans suite.

 

F I : Oui, mais est-ce que le fait d’envoyer un de vos membres à la CENI, après avoir manifesté demandant le retour à la constitution de 92 ne vous rend pas illisible ?

G T : Nous n’avons jamais demandé le retour à la constitution de 92. Vous savez, contrairement à d’autres, nous ne renions pas nos convictions. Le NET a toujours été pour le passage à une cinquième République. Dans tous nos communiqués, nous avons toujours parlé de réformes dans l’esprit de la constitution de 92. Il s’agit de la séparation des pouvoir, et des libertés fondamentales.

Aujourd’hui, certaines formations politiques qui autrefois moquaient le PNP qui appelaient au retour de la constitution de 92 sont devenues les plus farouches défenseures de cette idée. Pour la CENI, c’est un procès pour rien. Cette CENI va organiser les élections locales et législatives, et le NET est un des partis extraparlementaires les plus actifs. Notre place est là-bas et nous n’avons besoin de l’autorisation de personne pour y être. L’essentiel est que notre représentant y fasse un bon boulot. Le référendum n’aura pas lieu.

 

F I : Pourquoi en êtes-vous si sûr.

G T : Le Togo est à la recherche de ressources financières et il n’est pas responsable de galvauder des dizaines de milliards de nos francs à organiser un référendum qui ne règlera aucun problème politique. Tous les bords savent que le référendum est un piège. Donc, on va l’éviter et les partis parlementaires finiront pas nous rejoindre à la CENI. Et c’est justement ce que  nous déplorons. Tout ceci est trop téléphoné et le parti au pouvoir va encore nous coincer.

 

F I : Mais que pensez-vous donc du retour à la constitution de 92. C’est une chose que de vouloir passer à la cinquième république, mais le peuple, selon la coalition des 14, réclame le retour à la constitution originelle.

G T : La première constitution du Togo est celle de 61, et elle était liberticide. Soyons sérieux. Le PNP demande le retour à la constitution de 92. Et il le réclamait depuis le début de cette année, seul, avec le regard condescendant des autres forces de l’opposition. Après le 19 aout 2017, c’est devenu d’abord le leitmotiv de la coalition, et plus tard, celui donc du peuple. Supposons que ce soit vrai, que le peuple réclame sa constitution.

Mais comment on y parvient ? L’article 144 de l’actuelle constitution dit, mais c’était la même chose dans celle de 92, que la révision constitutionnelle peut être faite par voie référendaire par le président de la république ou les 2/3 de l’assemblée nationale, ou au 4/5 des députés. L’opposition ne remplit aucune de ces conditions actuellement, donc il faut cesser de servir des rêves aux populations.

Le retour à la constitution de 92 peut servir d’argument électoral pour gagner les législatives de 2018, c’est tout. Comme je le disais, c’est pour cela justement que nous nous démarquons. Depuis 1990, l’opposition a toujours posé des revendications irréalisables, sans jamais tirer les leçons. Prenez un exemple. Tous les débuts de semaines, on nous dit que  les marches prochaines vont être décisives et que Faure va partir. On finit les marches, Faure est toujours là, et on dit que les prochaines vont être décisives. Il faut trouver autre chose.

 

F I : Que répondez-vous au chef de fil de l’opposition qui demande le départ de Faure ?

G T : Nous avons affronté Faure Gnassingbé ensemble en 2015. Si le CFO avait eu la fortune des urnes, aurait-il accepté qu’on lui demande de quitter le pouvoir deux ans après ? Lui-même, en tant que député, n’a-t-il pas manifesté des mois durant quand il a été exclu de l’assemblée nationale ?

Soyons raisonnable, et ne faisons pas à autrui, ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse. Le plus important aujourd’hui est de battre UNIR lors des législatives de 2018 et les présidentielles de 2020. Notre adversaire, c’est UNIR, pas Faure Gnassingbé. Si UNIR continue à être au pouvoir sans Faure, nous n’aurions rien fait du tout.

 

F I : Vous êtes un ancien officier des Forces Armées Togolaises (FAT). On vous a vu défendre avec fougue le général Kadanga pour son lapsus lors d’un discours. Que pensez-vous du rôle des militaires dans le règlement des conflits politiques au Togo.

G T : Les militaires togolais font un travail fantastique hors des frontières togolaises, ils ramènent la paix dans des pays déchirés par la guerre. Partout où le soldat togolais passe, on est rassuré. Et permettez-moi de rendre un hommage à nos troupes sur les théâtres d’opération à l’extérieur, et célébrer nos morts, tombés au champ d’honneur.

Au pays, l’armée reste soumise à l’Etat, qui a à sa tête le chef de l’Etat. Mais ce n’est pas une soumission à l’homme, plutôt à l’institution, dans un cadre règlementé par le droit national et international. L’ennui est qu’au Togo, l’armée se comporte parfois comme faisant allégeance à l’homme, au lieu de l’institution. J’ai toujours dénoncé les grands rapports tenus en secret entre les officiers de notre armée et le président de la République. Il ne devrait y avoir aucun secret entre le président et les militaires.

 

F I : Oui, mais vous avez vu les exactions des militaires à Mango, à Sokodé et dans certains quartiers de Lomé.

G T : Les militaires n’ont rien à faire dans le maintien d’ordre. Ce n’est pas leur boulot. Il faut laisser ce travail aux gendarmes et policiers. La solution idoine c’est la création de tribunaux miliaires. Le problème est que si vous êtes témoin de voies de fait de militaires identifiés, vous ne pouvez pas grand choses. Les juridictions actuelles ne sont pas compétentes. L’impunité est mère de tous les excès.

 

F I : On parle beaucoup ces derniers temps de dialogue. Qu’en pensez-vous ?

G T : Le dialogue s’impose, naturellement. Les marches sont un moyen de pression, mais après pour avancer politiquement, il faut dialoguer. L’appel du gouvernement pour le dialogue est encore vague. Nous avions une préférence pour un dialogue à l’assemblée nationale, surtout parce que tout projet de texte consensuel finira pas y atterrir.

Mais qu’importe, il faut dialoguer et le moment est venu. Nous ne pouvons pas continuer à déplorer des morts, des blessés et des dégâts matériels pour aller dialoguer plus tard. Si quelqu’un a un moyen secret pour réaliser l’alternance pacifique rapidement sans aucun dégât, qu’il le fasse tout de suite. Autrement, ne perdons pas de temps, allons dialoguer et faisons avancer le pays.

 

F I : Que mettez-vous aujourd’hui dans le dialogue ?

G T : Je crois qu’il faut fusionner le projet de loi du gouvernement avec la proposition de loi ANC-ADDI de 2016. Surtout oublier cette affaire de retour à la constitution de 92. Ça va tout bloquer.  Donc, faire des modifications qui tiennent compte des deux textes, et surtout réviser le code électoral. Le vote des Togolais de la diaspora, le découpage électoral, le fichier électoral, la composition de la CENI, tout peut être discuté, mais dans un esprit d’efficacité.

 

F I : Vous serez à ce dialogue ?

G T : Oui, si nous y sommes invités. Mais le plus important n’est pas qui y est, mais ce qui en sort. J’espère qu’on fera un sursaut national. Que chacun mette de l’eau dans son vin.

 

F I : Comment voyez-vous l’avenir du Togo dans 6 mois ?

G T : Compliqué. Le climat actuel de violence latente est mauvais pour l’économie. Malheureusement, plus la crise s’enlise, plus   les personnes vulnérables  seront affectées. Le régime a de quoi tenir pendant plusieurs années. Ce qui est malheureux, c’est que dans les deux camps, on a l’impression qu’on se satisfait du statu quo. Enfin, les plus déterminés des deux camps.

 

F I : Votre mot de fin ?

G T : Il nous faut un vrai effort patriotique pour sortir du piège où nous sommes tombés. La surenchère a tellement été forte que la désescalade va être difficile à  atteindre rapidement, mais c’est aux leaders de montrer la voie. Aujourd’hui, le NET est adepte de la politique Autrement. Cette  démarche repose sur trois piliers. L’alternance politique. Il faut qu’UNIR perde les élections législatives et présidentielles à venir par une stratégie collective, mais pas commune de l’opposition.

Nous allons y contribuer aux côtés des autres forces de l’opposition. Aux côtés, et non derrière. L’Etat de droit. Le respect des institutions et de nos lois est le second fondement de notre démarche politique. Toute activité doit être encadrée par la loi. Elle peut être inique.

A nous de travailler pour la modifier plus tard. Voilà pourquoi il faut gagner les législatives. Et pour finir, la citoyenneté. La politique ne doit pas se faire uniquement sous l’angle du militantisme. Il faut que le citoyen s’approprie de ses devoirs envers le république, mais surtout de ses droits.

Il y a deux semaines une délégation du NET était dans la région de la Kara pour parler de cette démarche. Le samedi 11 novembre dernier nous étions à Adédicopé avec les femmes pour les sensibiliser sur la non-violence.

Samedi 18 novembre prochain nous serons avec les jeunes à l’agora Senghor pour parler des médias sociaux et de la non-violence. Faire la politique autrement et être proche du citoyen, c’est notre approche. Ca va être long, mais nous avons l’excuse de notre jeunesse. Je vous remercie.

DIALOGUE : Pourquoi l’opposition hésite!

Depuis le 06 novembre dernier, une offre de dialogue est sur la table. Elle émane du gouvernement qui a annoncé dans un communiqué, avoir décidé de prendre des dispositions nécessaires pour son ouverture avec l’ensemble de la classe politique. Elle intervient presque trois mois, jour pour jour, après le déclenchement de la crise et est accompagnée de plusieurs signaux d’apaisement. Soutenue par la communauté internationale, cette offre ne semble pas avoir suscité un enthousiasme débordant auprès de l’opposition qui, même si elle ne parle pas à l’exact unisson sur le sujet, semble souffler le chaud et le froid. Les raisons de cette hésitation sont multiples. Décryptage !

 

Officiellement, l’opposition évoque la crise de confiance entre elle et le pouvoir pour expliquer sa réserve relativement à l’offre de dialogue. « Ils n’ont jamais respecté aucun accord, pas plus qu’ils ne respecteront des décisions pouvant sortir d’un éventuel dialogue de plus  » tranche le chargé à la Communication de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), Eric DUPUY. C’est une méfiance légitime si l’on dresse la liste des discussions entre la classe politique qui n’ont pas pour autant permis de résorber  définitivement les points de crispation et de tensions du débat public dans notre pays. Mais à l’heure de l’inventaire, il y a lieu de relever les occasions manquées et les surenchères dont fait montre à certaines échéances décisives l’opposition, pour ne pas considérer qu’elle a en partage avec le pouvoir, la responsabilité de la crise de confiance et donc de la situation actuelle du statu quo.

Mais ce que redoutent les leaders de l’opposition face à cette offre, c’est la réaction de la rue. Il y a encore quatre (4) mois, elle était appelée à porter la revendication des réformes, sur la limitation du mandat présidentiel et le mode de scrutin à deux tours, exigences emblématiques et séculaires des opposants, depuis les modifications intervenues en 2002. Depuis, emportés et sans doute ennivrés par les succès des manifestations récurrentes déclenchées par l’essai réussi de Tikpi ATCHADAM le 19 août, ceux-ci sont passés à des mots d’ordre plus maximalistes, incontestablement populaires mais politiquement très discutables : le retour à la Constitution de 1992 et surtout, la démission du président de la République.

Douze semaines, plusieurs morts et blessés, d’importants dégâts matériels causés aussi bien à des édifices publics que privés après ce revirement revendicatif à maxima, aucun résultat probant n’est à mettre au crédit du mouvement.

Dans ces conditions, difficile de vendre à la rue et aux réseaux sociaux un nouveau virage , consistant à accepter un dialogue qui serait alors considéré comme une trahison. «  Ils se sont enfermés eux-mêmes dans un piège » commente un diplomate qui « n’aimerait pas être à leur place » et leur « souhaite bien de chances pour trouver la clé ». En effet, en prétendant de façon démagogique que c’est la rue qui dicte désormais leurs positions, les leaders se sont réduits les marges de manœuvre et toutes les solutions se présentant devant eux aujourd’hui sont mauvaises : le jusqu’au-boutisme pour ne pas se dédire avec des résultats aléatoires et le risque d’essoufflement de la mobilisation ;  le renoncement avec la saisie de la main tendue, et  la probabilité de se faire lyncher, au propre comme au figuré par tous ceux à qui a été vendue l’ imminence de l’ « assaut final » et du « grand soir ».

 

L’AGE DES CAPITAINES :

Un autre paramètre qui complique la situation au sein de l’opposition et explique en partie la radicalisation actuelle et l’hésitation à répondre favorablement à l’offre de dialogue, tient à l’âge d’une bonne partie des têtes de proue du mouvement actuel, du groupe des 14. Pour la plupart, elles étaient déjà au devant de la scène au début des années 90, aux premières heures des contestations contre le régime, et tout au long du processus démocratique et ses soubresauts.

Aujourd’hui, à leur âge, ces mouvements constituent pour eux une sorte de dernier baroud d’honneur, l’ultime bataille avant que la nature ne les épuise ou ne les lâche. C’est aussi pour eux, le combat de la dernière chance, pour espérer conquérir le pouvoir et l’exercer, avec tous ses avantages et privilèges,  ce qui serait tout de même, à leur sens,  une belle  consécration après plus d’un quart de siècle d’engagements et de luttes ; eux qui pour la très grande majorité, n’ont jamais  connu  les ors de la République.

C’est le cas de Aimé Tchabouré GOGUE 70 ans, de Jean-Pierre FABRE 65 ans, de Brigitte ADJAMAGBO-JOHNSON 59 ans, de Me Yawovi AGBOYIBO 74 ans, de Patric LAWSON ou même de Paul APEVON. Les seuls qui ont le temps de voir venir, de prendre date et de s’inscrire dans la durée, y compris en discutant autour de l’idée d’une nouvelle république sont les plus jeunes : Tikpi ATCHADAM, Nathaniel OLYMPIO ou encore Fulbert ATTISSO, dont on peut relever les nuances par rapport à la position des « papys » sur l’offre de dialogue. Mais leur relative jeunesse, ne leur prête pas la témérité nécessaire pour s’imposer à leurs aînés finissant, encore mois à la rue.

 

L’ARGENT DE LA DIASPORA :

Depuis le début de la crise et en son cœur, se trouve la diaspora. Très engagée, elle alimente les mouvements actuels en investissant et en inondant les réseaux sociaux d’informations, de sons et de vidéos dont la fiabilité pose souvent problème et plus grave, menace la paix civile et la cohésion sociale.

«  Dans une lutte comme celle-ci, tous les coups sont permis » justifie un ancien journaliste, aujourd’hui établi en Belgique. Mais ces Togolais établis à l’étranger ne se contentent de participer à ce qu’ils considèrent comme l’ »harmattan  togolais », en référence au « printemps arabe » ou encore le « scénario burkinabé » qu’ils appellent de leur vœu. Ils financent les mouvements. Presque chaque semaine, de sources bien informées, plusieurs millions FCFA en provenance surtout de l’Europe et des Etats-Unis, arrivent dans les mains de l’opposition, via des Western Union, des Money Gram, des enveloppes convoyées par des volontaires sur des vols à l’arrivée de Lomé ou par la route, à partir de frontières terrestres. Ce  trésor de guerre grossit avec la persistance des manifestations.

 

De ce point de vue d’ailleurs et parce qu’elle a toujours eu du mal à financer ses activités en dépit de la loi sur le financement des partis politiques, l’opposition n’a pas grand intérêt à mettre fin de  tôt aux manifestations. De fait, elle risque de perdre son bras financier si elle acceptait l’offre de dialogue ; les animateurs et autres activistes de cette diaspora, généralement radicalisés et coupés des réalités et du réel rapport de force sur le terrain, ayant rejeté par avance le dialogue, y compris en promettant l’échafaud à ceux qui choisiraient cette voie.

 

LES ELECTIONS LEGISLATIVES ET LOCALES

Elles sont prévues l’année prochaine et le gouvernement  s’y attelle malgré la crise. Et paradoxalement, tout en tenant sur la place publique les discours les plus surréalistes, les leaders de l’opposition songent aussi sérieusement aux élections législatives et locales et s’y préparent. Ils se surveillent et ne veulent en aucun cas se laisser déborder par des alliances actuelles dont tout le monde sait qu’elles sont circonstancielles et voleront en éclats dès l’ouverture des scrutins.

Pour l’heure, ils se tiennent et tous ont besoin de « prouver » aux yeux de leur opinion leur « radicalisme » face au pouvoir en place, pour engranger à peu de frais, de la popularité en vue des élections à venir. Cette course au radicalisme en prévision des prochaines échéances explique aussi les hésitations de plusieurs leaders à accepter la main tendue par le gouvernement, pour ne pas paraître « faible » ou « modéré », presque une insulte et un obstacle rédhibitoire à des succès électoraux.

VOUS EN AVEZ MARRE DE DIALOGUER, QUE VOULEZ-VOUS ESSAYER ?

Aux termes d’un communiqué publié début novembre, le gouvernement  a décidé de « prendre des mesures nécessaires à la remise en liberté de 42 personnes interpellées  jugées et condamnées par diverses juridictions dans le cadre des récentes manifestations  violentes, la restitution des motocyclettes saisis  à Lomé lors de la manifestation du 7 septembre 2017 et ce après 22 heures, la levée de la mesure de contrôle judiciaire  de M. Jean Pierre Fabre, Chef de fil de l’opposition dans la procédure des incendies ». Il a en outre annoncé,   prendre des dispositions nécessaires pour l’ouverture d’un dialogue  avec l’ensemble de la classe politique togolaise.

L’ensemble des mesures  vise à assurer selon les autorités  « la préservation et le respect effectif  de la liberté de manifestation» et réaffirmer  «la détermination du gouvernement  à promouvoir le  calme ainsi qu’un climat d’apaisement et de sérénité, indispensables pour la recherche de  solutions crédibles et durables à la question des reformes politiques».

Plus d’une semaine plus tard, cette initiative reste pour l’heure lettre morte. En dépit du soutien ferme et affiché de la communauté internationale qui d’ailleurs, depuis le début de la crise, ne disait pas autre chose et invitait  la classe politique togolaise à rechercher le consensus. Où réunir celui-ci si ce n’est autour d’un dialogue ou d’une table de négociations, peu en importe d’ailleurs le terme choisi.

Les pourfendeurs de la discussion ont trouvé leur argument massue : on dialogue trop au Togo et on en serait à une vingtaine déjà. Le compte  est certainement bon. Mais s’ils n’ont pas définitivement résolu le problème politique togolais, ils y ont fortement contribué, chacun en son temps et à son époque, dans un contexte particulier : les discussions pouvoir-FAR, pouvoir COD 1, pouvoir COD 2, les rencontres ayant abouti à l’Accord Politique Global (APG),  à l’Accord RPT-UFC etc….Elles n’ont pas toutes reçues  entière application. Elles ont cependant joué leur rôle dans le saut qualitatif de notre processus démocratique en validant ou en consacrant des acquis nullement remis en cause aujourd’hui, en créant les conditions d’un apaisement ou plus minimaliste sans être marginal, en posant certains débats sur la table.

En tout état de cause, s’il faut évoquer l’inefficacité des dialogues en convoquant le ratio dialogue/ résultats, il conviendrait de le mettre en perspective avec le rapport marches/résultats pour mieux comparer. Si les marches à elles seules pouvaient résoudre l’interminable crise au Togo, cela  aurait été su depuis des lustres. Que personne ne s’y méprenne : le dialogue est la voie la plus pérenne et la mieux indiquée pour définitivement en finir avec les soubresauts exaspérants de notre processus démocratique.

De fait, vu l’urgence, il faut revenir à l’essentiel pour aborder les propositions qui consacrent entre autres la limitation du nombre de mandats du Président de la République, l’institution d’un mode de scrutin à deux tours pour l’élection du Chef de l’Etat, quitte dans un second temps, à connaître de la refonte de notre Constitution ou du passage à une nouvelle république. Et ce débat ne doit pas être pris en otage par des considérations personnelles. Au Togo, à chaque fois qu’une réforme a été engagée en ayant dans le viseur une personne, cela s’est  soldé par un échec et beaucoup de tensions. Tirons-en des leçons !

1-2-3 Action consruit et fait le suivi des forages dans la préfecture de Haho en manque inquiétant d'eau potable

 En un an, 28 forages  à motricité humaine ont été réalisés dans la préfecture de haho (Notsé), milieu dont la population manque cruellement d'eau. Il était judicieux pour l'ONG 1-2-3 action, après une période annuelle, de visiter les populations bénéficiaires afin de constater par elle-même l'usage qui est fait de ses  ouvrages et leur impact réel sur le quotidien des populations.

Au total, 4 villages situés à des dizaines de km de la ville de notsé ont été visités  le lundi.

Successivement, les villages de MELIA, AVOVO, ASSIZOROKOPE et de Djakpata ont accueilli la presse. "Le travail que L'ONG à abbattu pour nous est colossale. Nous ne souffrons plus de problèmes d'eau de nos jours. Nous en remercions énormément l'ONG", se réjouissait N'SOUGAN Afi, une des bénéficiaires du village de MELIA. 

souffrances apaisées

C'est un ouf de soulagement pour les populations des villages qui parcouraient chaque jour des kilomètres avant de trouver l'eau.

"Nous buvions l'eau de ruissellement auparavant. Il fallait se lever parfois à deux heures du matin pour pouvoir être parmi ceux qui pourront trouver l'eau" nous confie Mme Afi, information que confirme BLOUKOUTOU AGBEMEBIA, président du comité villageois de développement (CVD) de MELIA.  Selon lui, les femmes parcouraient plus de 7 km pour trouver l'eau, ce qui retardait les élèves et les parents dans leurs activités respectives. Et d'ajouter que "c'est une joie immense d'avoir de l'eau à n'importe quelle saison dans le milieu".

Plus loin, dans le village de AVOVO, c'est aussi le CVD de la localité, Monsieur MAWOUSSI Eli qui se dit satisfait des réalisations de l'ONG. "Je pense qu'avec cet ouvrage, l'ère où nous buvions la boue et buvions la même eau que  les boeufs est révolue" soutient-il.

Le problème était plus criard pour les habitants du village de ASSIZOROKOPE dont les femmes parcouraient presque 25 km, selon leur CVD, pour chercher l'eau à Wahala, localité située à l'ouest, sur la nationale No1. 

"C'est avec  joie que nous buvons cette eau, une eau à laquelle  nos aïeux n'ont pas eu l'occasion de goûter", conclue une femme du milieu. 

A juste titre, la population de ASSIZOROKOPE, n'était pas seule à vivre le calvaire. Juste après elle se trouve le village de DJAKPATA situé à une trentaine de km de la ville. aujourd'hui,  les forages des deux villages ne sont séparés que d'un km, un atout supplémentaire pour les habitants du milieu qui n'ont pas caché leur immense joie.

De l'ensemble des villages visités par focus Infos, il ressort qu'avant la présence de l'ONG 1-2-3 action, la nature n'offrait pas  des cours d'eau potable pouvant desservir  la population. Les marécages, les ruisseaux drainant des eaux boueuses constituaient   l'eau que la localité offrait aux habitants avec les maladies qui en découlent. Ainsi, les constructions  de l'ONG constituent  une aubaine salvatrice qui sort la population d'un mal qui n'a que trop duré. 

Quid de la gestion 

 Les CVD des différents villages prêtent un regard attentif à la gestion des joyaux.

Pour N'SOUGAN Afi du village de MELIA, l'entretien du forage est une priorité. Au président du CVD dudit   village, Mr BLOUKOUTOU d'ajouter : "Nous veillons à ce que le forage soit maintenue au propre. Nous lavons l'intérieur chaque trois jours pour éviter les problèmes liés aux saletés que nous buvions auparavant". 

Même son de cloche pour tous les autres villages qui, à l'instar du premier, ont ouvert des comptes dans des microfinances pour déposer l'argent issu de la vente de cette eau afin de répondre efficacement à une éventuelle panne.

"Si nous utilisions mal le forage, vous l'auriez su dès votre arrivé", à déclaré Mr BLEWOUSI Eli, président CVD de AVOVO et de conclure : "l'argent issu de la vente de cette eau est remis à la trésorière qui le dépose sur un compte". Cette dernière confie avoir fait déjà un dépôt de 50 000 FCFA sur le compte.

Besoins totalement satisfaits?

Si le problème d'eau n'est plus criard dans les localités visitées par notre  rédaction, il en ressort qu'il   faut plus d'un forage par village pour desservir efficacement toute la population du milieu. Le président du  CVD  de MELIA n'a pas manqué à cet effet de lancer un appel à l'endroit des donateurs pour la construction de forages supplémentaires pour, selon lui,  que les quartiers les plus éloignés du village puissent aussi en bénéficier facilement. 

Rappelons que 1-2-3 action,  est une ONG internationale implantée au Togo depuis 2016  et œuvre essentiellement dans le domaine de l'accès à l'eau.

 

 

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