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Et maintenant ?

Plus de deux mois après le début de la crise politique que traverse le pays, la  tension n’est  pas encore tombée. Bien au contraire, elle se renforce  avec un regain inouï de violences et une escalade verbale, alimentés par des réseaux sociaux hors de tout contrôle. De fait, aucune solution de sortie de crise ne pointe à l’horizon ; l’incertitude étant le mot caractérisant le mieux la situation actuelle.

Deux morts à Lomé et trois à Sokodé, une vingtaine de blessés, les bureaux de poste à Agoè et Sokodé incendiés,  tout comme les sièges de TOGO TELECOM, TOGOCEL de l’Union Togolaise de Banque (UTB) dans cette ville, ou encore le commissariat de police , la gendarmerie, les affaires sociales etc… A cela, il faut ajouter les infrastructures routières éprouvées par les pneus brûlés ainsi que d’autres ouvrages dégradés… Autant dire que le bilan des manifestations des 18 et 19 octobre est des plus lourds depuis le début de la crise et témoigne qu’une escalade dans la violence est en train de s’installer.

 

LA STRATEGIE DU PIRE :

 

Bien évidemment, les deux camps se renvoient la responsabilité de la situation. Pour l’opposition, c’est l’interdiction des manifestations ainsi que l’utilisation excessive et disproportionnée de la force qui expliquent la flambée de violences. Sauf que même si elles n’avaient pas atteint ce niveau, la première manifestation du PNP quoique non interdite, tout comme celle par exemple des 05 et 06 octobre ont tout autant été émaillé de violences. En réalité, la stratégie du durcissement dont les manifestations violentes sont l’expression, est un choix assumé de l’opposition. Après les mouvements globalement pacifiques du mois de septembre, elle a compris que seuls la violence et les affrontements attiraient les caméras des médias et l’attention de la communauté internationale, de préférence et si possible avec quelques morts, pour la séquence émotion.

De fait, désormais ce sont des dialectiques guerrières qui accompagnent chaque mot d’ordre de mobilisation « assaut final », «  jour de colère », «  journées de résistance ». Et chaque manifestation  est précédée par une campagne bien huilée sur les réseaux sociaux , mêlant intimidation, menaces pour créer une psychose parmi la population et décourager ceux qui souhaiteraient vaquer à leurs occupations, tout  en  galvanisant  les jeunes manifestants.

Plus généralement, en délaissant sa revendication première et historique de réformes pour s’engager sur une exigence de démission du Chef de l’Etat,  l’opposition s’est enfermée dans un piège, obligée de courir derrière Tikpi ATCHADAM et son jusqu’-au-boutisme. Aujourd’hui, faisant le constat qu’en réalité le rapport de force n’est pas encore en sa faveur pour prétendre renverser à court terme le pouvoir de Faure GNASSINGBE, elle est bien obligée de pratiquer la politique du pire pour survivre, au risque sinon d’être taxée de trahison par la rue, qu’elle a jusque-là instrumentalisée.

 

DIALOGUE :

 

Depuis deux mois, les parties prenantes à la crise ne se parlent pas. L’opposition, au risque de se dédire et d’être prise à partie par ses militants, ne semble pas encore disposée, à entamer un dialogue, que ne propose d’ailleurs pas jusque-là, en tout cas pas officiellement le pouvoir qui parie sur l’essoufflement d’un mouvement qu’il considère avoir atteint son paroxysme. «  De tels degrés de violences et d’intolérances sont annonciateurs d’un reflux » commente un cadre d’UNIR.  Quoi qu’il en soit, les deux camps ne peuvent échapper à une discussion politique, quelle que soit l’issue de la crise, et le plus tôt sera le mieux. L’initiative aurait pu venir de la très influente église catholique qui aujourd’hui a perdu sa légitimité à rapprocher les deux positions, en publiant une déclaration à charge, prenant fait et cause pour les thèses de l’opposition. Les bons offices de l’Organisation Internationale de la Francophonie ont été repoussés par les opposants qui récusaient la chef de mission, la nigérienne Aïchatou Mindaoudou Souleymane, accusée de partialité dans une précédente médiation en 2005. 

Ceux d’Alpha Condé, président en exercice de l’Union africaine ont été de la même manière snobés, malgré l’avion affrété par le président guinéen qui s’était posé sur le sol togolais et devait s’envoler avec les leaders de l’opposition. Les autres démarches de dirigeants de la sous-région s’inquiétant que la situation dégénère, même officieuses, n’ont pas encore prospéré, comme ne le sera sans doute pas l’offre de service de l’ancien Premier ministre Edem KODJO, président de la fondation Pax Africana, considéré par une partie de l’opinion comme plutôt proche du pouvoir. En attendant, le huis clos togolais n’est plus supportable ni politiquement, ni économiquement.

D’où l’appel réitéré du Groupe des 5, le 20 août dernier à l’ouverture d’un dialogue franc et inclusif. En effet, la Délégation de l’Union européenne, de la Coordination du Système des Nations Unies et des Ambassades de la République Fédérale d’Allemagne, de France et des Etats-Unis d’Amérique au Togo ont  effectué  une nouvelle sortie sur la crise politique que traverse le pays . Dans une  déclaration publiée le 20 octobre dernier, ils ont condamné  les violences et appelé   au dialogue, « La Délégation de l’Union européenne, la Coordination du Système des Nations Unies et les Ambassades d’Allemagne, de France et des États-Unis d’Amérique suivent avec préoccupation la situation politique au Togo », pouvait-on lire dans le   communiqué conjoint. Ils  déplorent « les actes de violence, de provocation et d’intimidation de ces derniers jours ainsi que les pertes en vies humaines et exprime ses condoléances et compassion aux familles éprouvées ». Et  réitèrent  leur   appel à toutes les forces politiques du Togo à engager rapidement un dialogue apaisé, sincère et constructif, seule voie pour sortir le pays de la crise actuelle.

 

Cette sortie intervient au lendemain de l’appel de la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Agnès Romalet-Espagne qui depuis Paris, a déclaré que son pays suivait avec préoccupation la situation.

« Nous condamnons fermement les violences récentes qui ont fait plusieurs victimes, notamment à Lomé et à Sokodé. Nous appelons les parties à l’apaisement et à entamer un dialogue » a-t-elle indiqué.

Même son de cloche  quelques jours plutôt chez  Michaëlle Jean, la secrétaire générale de la Francophonie : «  il est primordial d’encourager toutes les actions de nature à contribuer à la résolution de cette crise et au retour à un climat apaisé «  a affirmé la Canadienne.

Last modified onjeudi, 26 octobre 2017 11:27