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En cas d’urgence, pas la peine d’appeler une ambulance médicalisée publique

Le décès tragique de deux professeurs agrégés de médecine avait fait grand bruit et suscité beaucoup d’émoi dans l’opinion. Leurs confrères avaient assuré que leur prise en charge diligente dans une ambulance médicalisée aurait pu leur sauver la vie. FOCUS INFOS s’est intéressé à la situation dans les hôpitaux publics : en cas d’urgence médicale chez soi, peut-on faire venir une ambulance ?

 

Premier hôpital de référence au Togo, le Centre hospitalier universitaire Sylvanus Olympio (CHU-SO) dispose en principe de quatre ambulances. Deux offertes par la coopération allemande, par l’intermédiaire de la GIZ . Elles sont équipées pour faire face aux urgences. Une troisième partiellement médicalisée avec une mini réanimation composée du scope, du brancard, de la trousse de secourisme et de l’oxygénation est au pavillon militaire sis au sein du même CHU. La quatrième ambulance dénudée de tout dispositif peut toutefois transporter un malade sur brancard et éventuellement sous perfusion.

 

Bien qu’il existe un standard téléphonique, ce n’est pas la peine d’appeler une ambulance en cas d’urgence : ce service ne fonctionne plus depuis plusieurs  annnées. Pour la direction, cette situation s’explique par le manque de personnel et le nombre réduit d’ambulances. En effet, ils sont  cinq chauffeurs pour conduire les deux ambulances. Parmi eux, un seul a un brevet de secouriste. Leur intervention est limitée à des cas de transfert d’un service à un autre, du CHU vers des cliniques privées pour des analyses, notamment. Préparez tout de même 10.000 FCFA pour le transfert dans une ambulance non équipée à bord de laquelle vous n’avez pas droit à un professionnel, mis à part le chauffeur. Pour un patient qui nécessite une perfusion ou de l’oxygène, comptez 5 à 10.000 FCFA de plus au minimum. Ici, un infirmier ou un anesthésiste peut accompagner le patient.

 

Le CHU-Campus, deuxième hôpital de référence était au départ un centre de santé de spécialité en appui au CHU-SO. Il s’est finalement réadapté pour offrir tous les services médicaux. Dans ce centre cinq ambulances sont opérationnelles toutes équipées d’une mini réanimation. L’une est en position au niveau  des urgences portes   et les deux autres se relaient sur le parking.

 

Le  dispositif en place est celui-ci. Un chauffeur est à bord d’une ambulance en position de départ au niveau des urgences portes. Un second chauffeur est positionné pour relayer le partant. Un troisième ambulancier est considéré comme réserviste. Le service est joignable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 à partir de plusieurs numéros téléphoniques et du standard. Et c’est le premier responsable du personnel soignant que ce soit de jour ou de nuit qui juge la situation et choisit une équipe pour monter à bord de l’ambulance. Cela coûte 5 000 FCFA et  l’oxygénation 500 francs l’heure. Pour un aller-retour du campus au CHU-SO, le transfert est gratuit. Au CHU-Campus, on fait le transfert ou l’évacuation d’un malade interne ou externe vers principalement le CHU-SO. Pas  de transfert depuis les domiciles donc.

 

A l’hôpital de Bè, la seule ambulance de couleur rouge offerte par une organisation non gouvernementale en 2016 non équipée présente des caractéristiques pour accueillir tout dispositif médical. Elle est garée à l’entrée. Elle sert à   évacuer  vers les CHU pour un tarif variant entre  5 000 FCFA et  10 000 FCFA  vers les cliniques privées. Pour un cas externe, la tarification se négocie en fonction de la distance du domicile vers le centre de soins. L’oxygénation normalement se fait à 1 000 FCFA négociable. Le transfert des malades vers l’hôpital Saint Jean d’Afagnan coûte 50 000 FCFA. L’ambulance étant disponible à tout moment, les trois ambulanciers montent la garde.

Au Centre hospitalier régional (CHR)

Lomé-commune, la seule ambulance est non équipée. Elle est  conduite par   5 chauffeurs formés en secourisme. Leur service est offert uniquement aux malades internes et se négocie à  5 000 FCFA le transfert vers souvent le CHU sans ou avec oxygénation.

 

Au CHR de Tsévié, la seule ambulance disponible fait souvent le voyage sur Lomé. A  23 000 FCFA avec oxygénation et sans ce dispositif à 20 000 FCFA. Le tarif est de  3 000 FCFA de la ville de Tsévié vers le CHR.

 

Les  sapeurs-pompiers de Lomé  disposent  de six  ambulances dont cinq opérationnelles  chaque jour et une  médicalisée non opérationnelle , faute de spécialistes  devant  être à bord. Pour les cinq on y trouve le matériel de premier secours, le râtèle, le collier cervical, le brancard, le matelas coquille ou d’immobilisation, la trousse de secours. Le service est totalement gratuit  à travers le traditionnel numéro vert, le 118. Avec trois pompiers à bord, ils font au moins 1 à 2 transferts de malades de leur domicile ou centre de santé vers un autre et vice versa gratuitement. Ce service n’est pas souvent demandé car méconnu des populations qui croient qu’il ne secourt  que des accidentés. Selon  le Lieutenant KOZON , l’équipe de secours fait à peine 2 minutes pour monter et démarrer et  intervenir partout au Togo.

 

PARCOURS A RISQUES :         

 

En plus de ne pas être équipés  d’ambulances médicalisées, les hôpitaux publics n’ont pas à leur disposition de médecins urgentistes. Le seul formé fut selon nos informations, un infirmier militaire aujourd’hui à la retraite. De fait, les services d’urgence sont gérés par des médecins qui ont fait quelques mois de formation d’urgentiste à l’étranger. Avec ceux-ci, il faut compter les 4 médecins réanimateurs.

 

Pour les malades et leurs familles, c’est  donc un véritable parcours de combattant et à risques. Ils doivent par ailleurs composer avec les retards systématiques des ambulanciers.  L’absence  d’adressage fiable par exemple vient aussi compliquer la tâche des pompiers.

 

L’ATTRIBUT MEDICALISE

 

En principe,  la logistique d’une ambulance médicalisée se compose du dispositif mobile d’oxygénothérapie homologue comprenant au moins deux bouteilles d’oxygène, d’un mètre cube chacune, portables, dont l’une, au moins aisément accessible, est munie d’un débitmètre gradué en litres d’oxygène par minute, faisant corps avec un mano détenteur. D’un scope qui est un écran qui permet de suivre en permanence les constantes comme le rythme cardiaque, le taux d’oxygène dans le sang, la tension artérielle ou encore la température. D’un insufflateur manuel homologue, un dispositif mobile d’aspiration de mucosité, d’une fixation permettant de recevoir une perfusion de 0,5 litres.

 

Le véhicule est doté aussi de bandes élastiques type valpeau, de compresses de gaze stérile, de pansement stérile absorbant (dit américain) de rouleaux de ruban adhésif parapharmaceutique, de drap stérile (tissu ou non tisse, ou drap isotherme) de taille environ, de champ stérile, de paires de gants stériles usage unique, de solution antiseptique bactéricide non iodé, en conditionnement d’origine, de clamp de BARR stérile usage unique, de couverture isotherme, des attelles pour membres inférieurs et supérieurs, de colliers cervicaux anti flexion : petite, moyenne et grande taille. Des médicaments d’urgence comme sérums salé ou glucosé, un extincteur, le défibrillateur et des accessoires comme une paire de ciseaux universels «bouts mousses», une pince à écharde, des canules oropharyngées et de bouche à bouche, un rasoir de sûreté, une lampe électrique à pile, le sucre en morceaux, des sacs poubelles. Une pareille ambulance est conduite par un chauffeur qui doit avoir comme formation minimum  le secourisme, un médecin urgentiste, un infirmier.  Autant dire qu’on en est encore très loin au vu du dispositif offert par les différents centres de santé publics de notre pays. Les conditions du transport  médical ne sont  pas  meilleures  dans les cliniques privées à la tarification onéreuse.

 

SECOURS PRIVE

Pour tenter de pallier  toutes  ces insuffisances, des initiatives privées se mettent en place. C’est le cas depuis décembre 2012 de  l’entreprise Togo Assistance. Elle  intervient très rapidement aux demandes sur le numéro vert 8200 ou par SOS System Mobile, l’application mobile sur Android. Cette nouvelle application conçue par de jeunes Togolais qui permet aux personnes victimes ou témoins d’un sinistre de donner l’alerte et de recevoir une assistance rapide grâce à la géolocalisation. Elle fait de l’évacuation des victimes, des transports  sanitaires et des transports assis professionnalisés.

 

Il y a  11 ambulances dont une par ville comme Aného, Cinkassé, Kara et Dapaong toutes équipées d’oxygène, d’appareils médicaux, de consommables pharmaceutiques et du matériel de secours nécessaires afin de parer à toutes les situations. L’équipage en ambulance est toujours composée  de 3 ambulanciers dont au moins un infirmier d’Etat ou auxiliaire et un médecin consultatif ou un anesthésiste.

 

Ces services sont offerts à partir de 5 000 FCFA par an à travers trois produits avec la possibilité de la prise en charge des premiers soins au centre de santé. Néanmoins, Togo Assistance intervient gratuitement pour tout appel d’urgence. En avril dernier, 37 non abonnés ont été secourus contre aucun abonné et en mai 3 souscripteurs contre 29.