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Malgré son interdiction à cause du risque de cancer, le croupion de dinde reste commercialisé au Togo

Depuis 2004, un décret  interdit l’importation, l’entreposage et la distribution des croupions de dinde sous toutes ses formes sur le territoire togolais. Malgré cette interdiction, des centaines de tonnes de cette viande traversent les frontières du pays et y sont écoulées chaque semaine,  parfois au vu et au su  des agents chargés du contrôle.

Officiellement, plus personne ne commercialise des croupions de dinde au Togo. Au ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de l’hydrolique, on tient à le rappeler avec insistance. Chez les distributeurs habituels de viandes et de poissons, on confirme également l’interdiction. Un gérant de frigo à Kodjoviakopé s’est même offusqué qu’on puisse lui demander où trouver cette viande. Et pourtant, il s’en vend sur beaucoup d’étalages dans presque toutes les zones de  Lomé. 

Qui approvisionne donc les revendeuses installées au bord des ruelles ? Au marché d’Adawlato, une ambulante nous confie s’approvisionner à Aflao (Ghana) où le croupion n’est pas interdit et vendu par des grossistes qui ont pignon sur rue.  « 20.000 FCFA le carton de dix kilos » renseigne-t-elle. Pour faire passer les produits, elle fait comme tout le monde : elle le dissimule parmi d’autres marchandises. Au besoin, elle glisse quelques pièces ou billets, c’est selon, aux douaniers et policiers pour les corrompre. Un business juteux qui profite donc à tous.

 

NIVAQUINE, CD :

 

Si Aflao est un grand carrefour d’approvisionnement de croupions de dinde pour certaines commerçantes, nul n’a besoin cependant de traverser la frontière pour se procurer cette viande si prisée des Togolais. Il suffit de se rendre dans certains frigos situés à Amoutivé, Totsi et, muni tout de même d’un mot de passe. En effet, la viande n’est vendue qu’aux initiés, présentant un code. Dans un frigo situé à Totsi, demandez de la « nivaquine » pour être servi. Ailleurs, cherchez des CD.

 

Ces frigos sont approvisionnés à travers la contrebande, depuis le Ghana ou le Bénin. Par camions entiers où sont dissimulés des cartons anonymes, sans étiquettes, indiquant leurs contenus ou leur provenance. « De toutes façons, l’exportateur sait bien que le produit est impropre à la consommation et interdit. Il ne va donc pas mettre sur les paquets ses coordonnées et prendre ainsi le risque d’être poursuivi le cas échéant »  explique un contrôleur du ministère. Mais les croupions n’arrivent pas que par la route. Malgré le scanner installé au port de Lomé, les plus téméraires les font passer par voie maritime. « Bien dissimulés parmi plusieurs tonnes d’autres produits carnés » soutient un professionnel du secteur. Qui explique tout le monde est au courant de ce trafic, y compris les autorités du ministère de tutelle qui prendraient au passage leurs commissions.

 

CANCER :

 

L’interdiction de l’importation et de la commercialisation des croupions de dinde est due à sa composition hautement cancérigène et au risque que leur consommation  représente pour la santé.   En effet, pour élever les dindons, on leur injecte des hormones de croissance pour qu’ils croissent vite.   Les   résidus de ces hormones s’accumulent dans les croupions. A l’abattage, ils sont donc coupés parce que les hormones ne se dégradent pas facilement. La consommation peut donc entraîner le cancer et des malformations génétiques. En  outre, le croupion est composé à 80% de matière grasse, et se trouve ainsi à l’origine de plusieurs maladies dont la tension artérielle. Par ailleurs, sur le plan purement hygiénique, la position du croupion à côté de l’anus, peut être source de  contamination par  des gènes pathogènes, provoquant des maux qui  ne sont pas détectables  à court terme.

 

 Ce qui explique que dans leurs pays de provenance, les croupions ne sont pas consommés, mais  utilisés dans l’alimentation des bétails.